Le Paris Jazz Festival enfin de retour !

Mark Eliyahu LeMousticProduction 2018/ Véronique Pinon
Mark Eliyahu LeMousticProduction 2018/ Véronique Pinon
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Une ouverture pour cette édition 2018 quelque peu systolique si l’on considère le nombre de concerts réduit en peau de chagrin ! Voici quelques chiffres à l’appui : une programmation sur 4 week-ends au lieu de 7 en 2017 ; depuis 10 ans, une diminution du budget de 70% alors que 200 000 personnes fréquentent le festival chaque année. Qu’en est-il des ateliers de fabrication d’instruments à la Bambouseraie, petit hâvre de paix où personnellement le dimanche matin j’appréciais venir fabriquer des sanzas, shekeres et autres, en compagnie d’Emmanuel Brun, percussionniste et plasticien. De même, disparus tous ces jeux en bois sis pas loin derrière l’espace Delta, installés par l’équipe de la Fabrik à sons, un lieu qui enchantait petits et grands et qui permettait aux adultes de profiter des concerts en toute sérénité.

En un mot, la culture est-elle vouée à disparaître ? Pas assez lucrative peut-être ? Quelle tristesse de constater ces restrictions drastiques qui sont imposées aux organisateurs de ce festival qui avait pourtant vu le jour en 1994 sous de bien meilleurs auspices ; tant de grands noms de musiciens de jazz sont montés sur scène dans ce magnifique environnement!Citons Didier Lockwood, Brad Mehldau, Patrice Caratini, Trilok Gurtu…. N’en déplaise aux politiques austères.

Revenons plutôt à l’essentiel, aux artistes qui fort heureusement sont toujours là pour nous exempter du prosaïsme!

Le samedi 18 juin dernier n’a pas été uniquement marqué par le match France-Argentine ; en effet, nombreux sont ceux qui se sont déplacés pour assister au coup d’envoi de la 25ème édition du Paris Jazz Festival tant attendu qui se déroulera jusqu’au 22 juillet. En ce jour d’ouverture, le public a pu être témoin de la créativité israélienne, originale de par l’instrumentation, les modes utilisés et l’éclectisme des influences musicales .

Tout d’abord avec un premier concert en compagnie de Guy Mintus (piano) et Yinon Muallem ( percussions, oud, voix). Les deux israëliens ont élaboré leur « Offlines Project » ( sorti en 2015) via Skype, puisqu’ils vivent respectivement à New-York et Istanbul . La ligne directrice principale consiste à créer des ponts entre diverses musiques orientales, dans lesquelles une large place à l’improvisation est accordée. A cela s’ajoute une touche jazzistique états-unienne apportée par le jeune pianiste.

L’un en face de l’autre, les deux musiciens à l’humeur joviale nous ont livré des compositions entraînantes, souvent proches de la danse, ponctuées par des pauses et des reprises, telles « Longa » ou « Waking Fragility » . Citons aussi un rondo inspiré par le Sultan Selim III, à la fois poète et compositeur classique sous l’Empire Ottoman. Le saxophoniste Pierrick Pedron a rejoint le duo le temps de deux morceaux seulement, au grand dam du public qui aurait souhaité l’entendre davantage.

Toujours est-il que les auditeurs se sont rapidement consolés avec l’arrivée sur scène de Mark Eliyahu, un prodige qui a appris à jouer du kamânche (mot persan signifiant archet) dès l’âge de 7 ans à Baku en Azerbaïdjan. Cet instrument d’origine iranienne est répandu du Moyen-Orient aux Balkans et a la particularité d’émettre des sons proches de la voix humaine.

Or entre les mains de Mark, assis yeux fermés sur son tabouret, il devient hypnotisant !Né en Russie en 1982, il est à présent installé en Israël et s’inspire des traditions juives caucasiennes et du Moyen-Orient. Entouré de trois excellents musiciens : Rony Iwryn aux percussions ainsi que Eldad Zitrin au piano, aussi, non pas des moindres, son père Piris au târ (sorte de luth à long manche doté d’ un corps en double cœur ) à qui il a rendu hommage à la fin du concert. En effet ce dernier est non seulement son mentor principal, un tarzen de grande dextérité mais aussi compositeur. Ecoutez « Rain », une exploration musicale magnifique.

Pour résumer, cette deuxième partie d’après-midi fut un moment tout en sensibilité et en émotion.Nous avons été littéralement transportés à l’écoute de ce style jazz mugham . Rappelons que le mugham est une forme modale rythmée traditionnelle de nature improvisationnelle et que c’est l’azerbaïdjanais Vagif Mustafazadeh qui l’avait en premier associé au jazz. Force est de constater que le jazz est à redéfinir si l’on considère à la fois son évolution et assimilation avec d’autres cultures.

 

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Véronique Pinon

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